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 Le rasage sous la Restauration

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karim
Neyrat
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Neyrat



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MessageSujet: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeLun 9 Aoû 2021 - 23:17

Re-bonjour, ou bonsoir,

Comme je l’indiquais dans mon message de présentation, nous préparons une animation de reconstitution historique autour du rasage, et pour laquelle vos lumières seront les bienvenues.

La Goguette du Palais est une association destinée à l’animation de sites patrimoniaux. Elle reconstitue des scènes de vie des années 1814-1852. Actuellement nous travaillons essentiellement sur le règne de Charles X, et plus particulièrement les années 1825-27, dans le cadre du Palais de la Cathédrale à Saint-Omer. Nous reconstituons la vie quotidienne des membres de la famille Neyrat et leur domesticité. Les visiteurs de la maison ont un rôle de « voyeur » : ils sont invisibles aux yeux des personnages en costumes, hormis les domestiques qui servent de « médiateurs ».
Parmi les animations que nous mettons en place, il y en a une sur le rasage… L’idée est très simple : vous pénétrez dans la chambre où 2 dandys se préparent pour la soirée. On découvre les vêtements et la manière de les porter, le rasage effectué par un valet de pied, le choix de la cravate et l’élaboration d’un noeud adapté aux circonstances, etc. Tout cela avec humour et en interpelant les visiteurs venus du futur qui osent se présenter en société avec une barbe « de 3 jours », le cou nu et, d’une manière générale, vêtus de façon plus que négligée 😄

Nous sommes donc en train de constituer un petit dossier pour documenter le déroulement d’une séance de rasage en 1825.

Par chance, nous avons pu acquérir récemment un semainier de CC signé par Gavet, à qui un certain nombre de sujets sont déjà consacrés sur ce forum, qui colle très bien à la période que nous reconstituons.
Nous avons cependant une question : il contient 8 lames, la 8ème est plus petite et n’a pas le même nez que les autres. Savez-vous si elle est réservée à un usage particulier ?
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Le rasage sous la Restauration 4c4a5510


Pour ce qui est de la documentation, en plus des infos trouvées sur ce forum, nous avons parcouru la bibliographie sur le sujet (Perret, Bouchard, Aubril) mais tout complément d’information sur le sujet sera le bienvenu.

Pour le matériel, nous utiliserons probablement, dans un premier temps, mon blaireau Plisson. Là encore, si vous avez des exemples de blaireaux datés, correspondant à la période qui nous intéresse, nous serions partant pour les faire reconstituer.
Nous avons un plat à barbe d’époque qui est en parfait état.

Le savon utilisé à l’époque ne semble pas être spécialement conçu pour la barbe ? Dans ce cas nous serons peut-être amenés à tricher un peu et à utiliser un savon moderne. J’ai vu le savon anglais 1805, fabriqué à partir d’une recette de 1850… Peut-être y a t-il quelque chose chez Buly…? Je n’ai pas encore exploré cette piste.
Comme pour les blaireaux, si vous connaissez des recettes de savon de cette période, ou simplement si vous savez où les trouver… Nous avons des historiens qui se feront un plaisir d’aller fouiller les archives pour exhumer quelques pépites et travailler ensuite avec des artisans pour les produire à nouveau.

Nous espérons pouvoir présenter cette animation lors de notre prochaine prestation mi-septembre.

Votre aide précieuse est la bienvenue !
Et si cela vous intéresse, nous posterons quelques photos du résultat.

Je ne suis pas autorisé à poster de liens mais si vous cherchez un peu vous trouverez les pages FB de La Goguette du Palais et du Palais de la Cathédrale. Les photos vous donneront une idée du rendu de nos animations 😉


Dernière édition par Neyrat le Mar 10 Aoû 2021 - 20:36, édité 1 fois
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karim

karim

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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeMar 10 Aoû 2021 - 18:05

très bonne initiative Nayrat pouce pouce
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Manox

Manox

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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeMar 10 Aoû 2021 - 18:39

M'est avis qu'un mec comme toi s'entendrait super bien avec Clark Gabble... Tellement son style de sujet...
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Aggelos

Aggelos

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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeMar 10 Aoû 2021 - 18:41

D'abord une chose : ce semainier est une pièce extraordinaire... l'état de conservation en particulier est tout à fait remarquable. Vous devez avoir des moyens considérables ou de généreux mécènes si vous pouvez vous permettre d'utiliser ce genre de pièce pour des animations...

Par contre j'avoue avoir du mal à expliquer cette huitième lame, c'est bien la première fois que j'en vois une.

Il n'est pas rare, en fait, de voir des semainiers a moins de 7 lames. Mais 8 c'est une première pour moi.

Cela dit, au delà de la règle intuitive qu'il y a 7 jours dans une semaine, il n'y a pas vraiment de règle.
Ces pièces de très haut luxe étaient sans nul doute parfois réalisées "sur mesure" en fonction des habitudes du futur propriétaire (qui n'était d'ailleurs pas toujours l'acheteur, un rasoir ou un nécessaire faisaient souvent office de généreux cadeau). Peut être y avait-il une particularité a la routine du propriétaire de ce semainier.

Idem, je ne saurais dire s'il y a une forme particulière de blaireau typique de la restauration. Il faudrait regarder les toilettes des fabriquants de l'époque et extrapoler une brosse avec la même signature.
Ce n'est, après tout, qu'une brosse particulière.

Maintenant peut être que nos experts sauront en dire plus
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Neyrat



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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeMar 10 Aoû 2021 - 20:35

Merci pour vos réponses 🙂

Manox a écrit:
M'est avis qu'un mec comme toi s'entendrait super bien avec Clark Gabble... Tellement son style de sujet...

Au risque de paraître totalement inculte… C’est un membre du forum ?


Aggelos a écrit:
D'abord une chose : ce semainier est une pièce extraordinaire... l'état de conservation en particulier est tout à fait remarquable. Vous devez avoir des moyens considérables ou de généreux mécènes si vous pouvez vous permettre d'utiliser ce genre de pièce pour des animations...

C’est vrai qu’il est en bon état. Je n’ai pas de moyens considérables et je ne suis pas collectionneur de rasoirs. L’idée d’une animation autour de la barbe me trottait depuis pas mal de temps (quand j’ai commencé à utiliser un rasoir de sûreté), et quand j’ai décidé de franchir le pas, il y avait ce semainier sur eBay. Je ne savais même pas ce qu’était un semainier avant de voir l’annonce. Et puis Gavet, fournisseur officiel du duc de Berry… Tout collait pour l’usage que je voulais en faire. Les étoiles semblaient s’aligner et je m’en serais vraiment voulu de passer à côté. Du coup je n’ai aucune idée de ce que ça vaut. J’étais prêt à mettre 250€ et un généreux mécène m’a permis de monter l’enchère jusqu’à 300… Résultat 280€. C’est un budget. Mais pour une pièce à valeur « patrimoniale », ça ne me semblait pas déconnant au regard du prix de coupes choux neuf réalisés par des artisans de renom.
Il faut que je trouve quelqu’un pour lui rendre son tranchant, je ne sais pas si un cuir suffirait ou s’il a besoin d’une opération plus lourde. Mais quand ça sera fait, je compte bien l’utiliser pour mon plaisir, en plus des « animations » qui sont vraiment particulières : on est dans une maison qui est un musée sans vitrine. Les spectateur peuvent toucher les collections, ils ont bien conscience de vivre une expérience assez unique, et ça les rend précautionneux.


Aggelos a écrit:

Par contre j'avoue avoir du mal à expliquer cette huitième lame, c'est bien la première fois que j'en vois une.

Il n'est pas rare, en fait, de voir des semainiers a moins de 7 lames. Mais 8 c'est une première pour moi.

Cela dit, au delà de la règle intuitive qu'il y a 7 jours dans une semaine, il n'y a pas vraiment de règle.
Ces pièces de très haut luxe étaient sans nul doute parfois réalisées "sur mesure" en fonction des habitudes du futur propriétaire (qui n'était d'ailleurs pas toujours l'acheteur, un rasoir ou un nécessaire faisaient souvent office de généreux cadeau). Peut être y avait-il une particularité a la routine du propriétaire de ce semainier.

Le mystère de la 8ème lame reste donc entier 😄
J’ai vu des photos d’un autre semainier Gavet avec le nom de chaque jour gravé sur les lames, c’est superbe.

Maintenant, est-ce que ce semainier était vraiment une pièce « de très haut luxe » ? Je ne connais pas assez le sujet pour avoir un avis éclairé, mais j’ai vu des pièces bien plus belles (avec dorure, viroles en forme de casque, etc.).
Il me fait plutôt penser à une production de qualité, certes, mais sans doute en série, un peu comme ce qui se pratiquait à la même période pour les armes (pièces détachées achetées à l’étranger et assemblées, finies et décorées dans des ateliers parisiens). Il est dans une belle boîte mais qui reste « anodine » : pas de marquage particulier, de monogramme d’un éventuel propriétaire etc. Peut-on imaginé qu’elle aurait été réalisée à la demande d’un extravagant qui voulait une lame de plus que ce qu’avait l’habitude de produire l’atelier ? Même la marque de Gavet n’est pas correctement insculptée, or pour une pièce de grand luxe, destinée à faire la promo de l’artisan, on imagine qu’on aurait porté une attention particulière à ce genre de détail ?


Aggelos a écrit:

Idem, je ne saurais dire s'il y a une forme particulière de blaireau typique de la restauration. Il faudrait regarder les toilettes des fabriquants de l'époque et extrapoler une brosse avec la même signature.
Ce n'est, après tout, qu'une brosse particulière.

Maintenant peut être que nos experts sauront en dire plus

Ouaip, d’après ce que j’ai compris, on est dans les années charnières entre la brosse plate et le blaireau rond. N’ayant pas les moyen de faire reconstituer une brosse plate pour cette fois-ci, je pense que nous allons utiliser un blaireau rond. Il se ressemblent tous, mais si vous connaissez une forme de manche qui serait caractéristique de ces années là, on pourrait peut-être la faire tourner d’ici septembre… (je n’ai pas compris l’histoire des toilettes des fabricants…?)
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Manox

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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeMar 10 Aoû 2021 - 21:35

Clark Gabble est bien un membre du forum, un érudit féru d'histoire du rasage tout particulièrement l'époque que tu évoques, je ne l'ai pas vu ici depuis quelques temps, mais ton projet y gagnerait si tu te fendait d'un MP vers lui...
Sinon, rassures toi, d'autres membres tabassent aussi niveau historique, et sont généralement friands de nouveaux challenges.
Je lirai tes posts avec intérêt !
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Neyrat



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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeMar 10 Aoû 2021 - 21:43

D’accord ! Parfait, merci, je vais lui écrire.
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Xavier 1

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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeMar 10 Aoû 2021 - 22:10

Tout pareil que Manox, je suis tes postes avec beaucoup de curiosités.
Tu peux aussi demander à Ferdi, aussi un membre du forum qui est calé niveau histoire
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Ferdi

Ferdi

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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeMer 11 Aoû 2021 - 2:51

A mon avis c’est du Charles Gavet, qui fut breveté « coutelier du roi » en 1814. Dommage que les lames aient été polies plus que de raison. Je voudrais bien voir une vue rapproché de l’intérieur du coffret, histoire de compter le nombre de logements car pour moi, la huitième lame n’a rien à faire dans cet écrin. A ma connaissance, le seul qui ait évoqué des coffrets à huit rasoirs est Ferdinand, François Parfu, 4 rue duphot à Paris dans son dépôt de brevet d’un « système de rasoirs thermo métro-hygrométriques » en 1838 mais cela n’a rien à voir le semainier classique.
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Neyrat



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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeMer 11 Aoû 2021 - 16:18

Merci pour ces informations Ferdi !

J’ai posté plus de photos ici.
Il y a bien 8 emplacements pour les lames…
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Neyrat



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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeVen 13 Aoû 2021 - 15:45

On me dit dans l’oreillette que le 8ème emplacement pourrait être celui d’un petit cuir ou d’une petite pierre…
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Neyrat



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MessageSujet: Re: Le rasage sous la Restauration   Le rasage sous la Restauration Icon_minitimeMar 17 Aoû 2021 - 18:23

Un petit point d’étape après avoir compulsé pas mal de documents (ça va être un peu long !).
Vous l’avez compris, dans le cadre de la reconstitution d’une séance de rasage en 1825-27, je m’intéresse autant à l’histoire des objets qu’à celle des pratiques : celle du barbier, et celle de monsieur tout le monde qui se rase lui-même… Donc je vais parler à peu près de tout, sauf de rasoir Smile

Avant de commencer, passons rapidement en revue l’histoire des barbiers.
Au Moyen-Âge, ce sont des chirurgiens barbiers : en gros des gens n’ont aucune formation en médecine mais qui savent manipuler tous les objets tranchants. Ils sont donc capables de faire des opérations chirurgicales et de raser. Au fil du temps du temps on distingue les chirurgiens-barbiers des barbiers-chirurgiens, les premiers étant plutôt des chirurgiens, les autres des barbiers. Les deux métiers sont réunis sous l’autorité du chirurgien du roi, en 1372. Les médecins les détestent parce qu’ils n’ont pas de formation universitaire mais ce sont pourtant des gens comme Ambroise Paré qui font évoluer la connaissance. Louis XIII crée les barbiers-barbants en 1637, ce qui leur permet de se détacher un peu des chirurgiens. Ils n’ont d’ailleurs pas le droit d’exercer la chirurgie, seulement des bains et de la coiffure.
En 1655 les chirurgiens se rapprochent à nouveau des barbiers pour ne plus entrer en concurrence avec les médecins. En 1668 un ordonnance donne à nouveau autorité aux chirurgiens. C’est ce texte qui réglemente les enseignes : bassin blanc pour les barbiers, bassin jaune pour les chirurgiens. (Du coup l’histoire du barber pole qu’on nous raconte sur pas mal de site de barbiers… J’aimerais bien trouver une véritable source !) Du coup, pour répartir le travail et éviter la concurrence, les chirurgiens n’ont le droit de raser que dans le cadre des soins qu’ils prodiguent à leurs patients. En 1673 on redéfini les attributions des barbiers-barbants, dont les statuts sont élaborés en 1718 : hygiène, poil, santé bienséance. Ils sont autorisés à vendre des cosmétiques (dentifrices, savons, onguents etc.) et deviennent des perruquiers-barbiers (la barbe passe en second une fois de plus).
Les chirurgiens obtiennent l’autonomie totale en 1743.
La révolution fait voler en éclat les corporations : après avoir été rattachés pendant des siècles soit aux chirurgiens, soit au perruquiers, les barbiers vont enfin trouver progressivement l’indépendance et devenir un métier à part entière, plutôt qu’un branche d’un métier considéré comme plus important.
Toutes les infos ici et là


Passons maintenant en revue le matériel…

Le blaireau


Une discussion avait déjà été ouverte. J’espère apporter un peu d’eau au moulin.

https://coupechouclub.1fr1.net/t25164-historique-du-blaireau

Deux tableaux que vous connaissez :
- Le chirurgien soignant le pied d’un paysan, d’Isaac Koedijck vers 1649-1650, parfois considéré comme la première représentation d’un blaireau de rasage.
- La boutique du barbier chirurgien, anonyme, de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle, qui représente plutôt un salon coiffure et barbier. On y voit beaucoup de paires de ciseaux, des fers à friser, des brosses de plusieurs sortes, des plats qui ne sont pas spécialement « à barbe » (un seul accroché au plafond comporte une mentonnière), et surtout : aucun rasoir !
Le rasage sous la Restauration F28f6210
Le rasage sous la Restauration 49787a10

Le chat de gauche semble être prêt à se faire raser, mais pas de mousse, ni de rasoir. Par contre on voit des ciseaux, un peigne et une brosse ronde qui ressemble à un modèle posté par antoine46 ici
Le rasage sous la Restauration 6d2b7410

La brosse représentée sur le tableau de Koedijck est assez peu crédible : elle est beaucoup trop grosse pour étaler de la mousse sur le visage d’une personne. Comme l’indique Wikipédia, toutes les sources mentionnent une une apparition dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Allan Perterkin affirme qu’il a été « inventé » en France en 1748, mais il ne cite malheureusement pas sa source…
On sait par ailleurs qu’en 1770 Perret se contente encore de savonner la barbe à la main (p. 60). Ce texte est d’ailleurs repris dans l’encyclopédie Panckoucke de 1789, publié ici par Charlie48horlogerie.
Wikipédia évoque un article de 1830 qui indique que cette méthode était courante avant 1756… Là aussi, on aimerait avoir la source 🙂

Du coup je vais me hasarder à une hypothèse sur « l’apparition » du blaireau, en apportant un document que je n’ai pas encore vu ici : l’encyclopédie Diderot et d’Alembert, et en particulier les planches consacrées à L’art du perruquier, barbier, baigneur-étuviste, publié vers 1771-1774.

La boutique du barbier perruquier est représentée sur la première planche.
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« Le haut de cette Planche représente un attelier ou boutique de perruquier où plusieurs garçons sont occupés à divers ouvrages de cet art; un en a, à faire la barbe; un en b, à accommoder une perruque; une femme en c, à tresser; deux ouvriers en d, à monter des perruques; un autre en e, à faire chauffer les fers à friser, tandis qu'un particulier en f ôte la poudre de dessus son visage. »
En dessous on retrouve les outils du métier de barbier :
1. Bassin à barbe d'étain ou de fayance. A, l'échancrure qui reçoit le menton lorsque l'on rase.
2. Bassin à barbe d'argent ou argenté. A, l'échancrure.
3. Coquemard à faire chauffer l'eau. A, le manche. B, l'anse. C, le couvercle.
4. Bouilloire. A, l'anse. B, le bouchon ou couvercle.
5. Bouteille de fer blanc à porter de l'eau en ville, lorsque l'on y va raser. A, la bouteille. B, le gou - leau. C, le bouchon.
6. Autre bouteille de fer blanc destinée au même usage. A, la bouteille. B, le bouchon.
7. Cuir à deux faces à repasser les rasoirs. A, le cuir. B, le manche.
8. Cuir à quatre faces à repasser les rasoirs. Ces faces sont préparées de maniere à affiler les rasoirs de plus en plus fin. A, le cuir. B, le manche.
9. Pierre à repasser les rasoirs.
10. Pierre enchâssée à repasser les rasoirs. A, la pierre. B, le chassis. C, le manche.

Mais c’est la deuxième planche qui est intéressante : on y trouve nos blaireaux, mais ils ne sont pas encore décrits comme tels.
Le rasage sous la Restauration Db970310

1. Boîte à savonnette. A, la boîte. B, le couvercle.
2. A, la boîte. B, la savonnette.
3. Rasoir. A, la lame. B, le manche.
4. Couvercle de l'étui à rasoirs.
5. Etui à rasoirs. A, l'étui. B B, les rasoirs.
6. & 7. Savon & éponge dans leurs boîtes.
8. Poche à rasoir. A, la poche. B B, les cordons. C C, les rasoirs.
9. & 10. Papillotte ordinaire & à crêpe.
11. & 12. Peignes à retaper à queue. A A, les dents. B B, les dos. C C, les queues.
13. Papillotte tortillée sur laquelle on roule les che - veux.
14. & 15. Petites brosses à nettoyer les peignes. A A, les brosses. B B, les manches.
(…)

Il s’agit donc de brosses pour nettoyer les peignes. Cela correspond à ce qu’on retrouve à gauche sur le tableau avec les chats.

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Voilà donc l’hypothèse : les « blaireaux » étaient des brosses utilisées à l’origine pour des tâches liées au métier de la coiffure et de la perruque, et puis un glissement s’est opéré dans le dernier quart du XVIIIe siècle. Les barbiers qui voulaient monter la mousse autrement qu’en se mouillant 3-4 fois les mains dans le bassin n’ont fait qu’utiliser un outil qui était déjà présent dans leur atelier mais qui était auparavant réservé à d’autres tâches. Il ne s’agit donc pas, au départ, d’un objet spécialisé pour monter la mousse. Cela explique en partie la diversité des formes et des appellations que l’on trouve jusque dans la première moitié du XIXe siècle, notamment avec les brosses plates et autres pinceaux à barbe, avant qu’elle ne se fixe (par commodité d’emploi ?) sous la forme ronde que nous connaissons toujours. Aujourd’hui seule la forme des touffes varie.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, moi ça me semble plus logique d’imaginer une lente modification de la pratique plutôt que de chercher une date « d’apparition » ou un « inventeur » du blaireau.
Ces brosses deviennent courantes dans le matériel du perruquier autour de 1770. Elles n’apparaissent pas encore en 1767 dans L’art du perruquier de Garsault, ouvrage qui a servit de base à l’élaboration de l’encyclopédie (notamment pour les planches) en 1771-1774.

Avec cela, la transition est toute faite pour

le plat à barbe :


Sa forme dérive probablement des palettes à saignée utilisée par les chirurgiens barbiers.
Le rasage sous la Restauration 5035fe10

En France, il était utilisé pour les enseignes des boutiques : fer blanc pour les barbiers, métal jaune pour les chirurgiens (qui sont une profession à part des barbiers depuis l’ordonnance de Louis XIV en 1668. C’est d’ailleurs à partir de ce moment là que les barbiers se rapprochent des perruquiers).
Le plat à barbe se distingue du bassin qui semble être une vasque, en métal ou en céramique, destinée à la toilette et posé sur une table. Perret évoque le bassin, dans lequel il se lave les mains avant de procéder au rasage.
L’usage du plat à barbe reste un peu flou pour le moment, mais peut-être en avait-il plusieurs.
Servait-il à récupérer la mousse ramassée sur le visage ? Probablement. Mais certaines représentations montrent qu’on s’en servait aussi pour préparer la mousse.
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Il existe aussi des représentations sur lesquelles on ne fait pas usage d’un plat à barbe, la mousse « usagée » devait donc être essuyée sur le tablier du barbier ou sur le linge de protection qui couvrait les épaules et le buste du client.
À partir de la fin du XVIIIe siècle, en l’absence de plat à barbe, on commence à voir apparaître sur certaines images de petits bols à raser avec la mousse et le « blaireau ».
Comme ici en 1811Le rasage sous la Restauration Aabe7a10
Ou làLe rasage sous la Restauration 4c5e1710
Le rasage sous la Restauration D2e46610
Le rasage sous la Restauration 5cb19310

Il existe des plats à barbe avec un renfoncement dans le marli : il parait qu’on y mettait une boule de buis pour gonfler les joues creuses difficiles à raser, mais je n’ai pour l’instant trouvé aucun texte ancien sur le sujet. Le client devait ressembler à un hamster 🤣 J’ai cru voir cette fameuse boule dans le bassin sur L’habit de barbier perruquier de Nicolas de Larmessin en 1695 (notez aussi les deux mini plats à barbe suspendus à l’enseigne en arrière plan), et encore sur une gravure anglaise de 1800 sur laquelle on voit bien que le client a les joues creuses, mais il est plus probable qu’il s’agisse tout simplement de la savonnette.
Le rasage sous la Restauration 32431f10
Le rasage sous la Restauration 51b9b210


Le coquemard et la bouilloire

Je m’interrogeais il y a encore quelques jours sur la présence de brocs fumant sur certaines images… Il s’agit tout simplement des récipients qui servent à contenir l’eau chaude pour le rasage. Ils sont décrits dans L’art du barbier de Garsault, et on les retrouve sur la première planche de l’encyclopédie (No 3 et 4). Le dictionnaire du rasage de 1814 les décrit tous les deux comme des récipients dans lesquels ont fait chauffer l’eau. On en voit sur presque toutes les représentations. Et quelques très beaux exemplaires en argent sont passés en vente il y a quelques années.
Le rasage sous la Restauration 8485d010Le rasage sous la Restauration 3f18d310Le rasage sous la Restauration 26f46610Le rasage sous la Restauration 84b0a210

Et le désormais célèbre Chinois perforateur de joue 😄
Le rasage sous la Restauration 52256410

Concernant

les cuirs

, rien de nouveau sous le soleil, l’encyclopédie montre qu’il existait déjà des palettes à 2 ou 4 faces avec différents niveaux d’affilage.

Il est intéressant de voir que le matériel du barbier reflète l’histoire mouvementée de ce métier : il emprunte tantôt aux chirurgiens pour les plats « à barbe », tantôt aux perruquiers pour les « blaireaux ».


La mousse


Petite réflexion sur la mousse…
Finalement son usage est assez récent non ? À partir du dernier quart du XVIIIe ?
Les savons de l’époque genre Alep ou Marseille moussent moins que nos savons moderne. En plus ils se contentaient de savonner la barbe, comme l’indique Perret. Dans ces condition on peut espérer faire un peu de mousse si on n’a une barbe longe, mais ça n’était pas le cas à l’époque où les gens étaient rasés de près. Dans ces conditions, impossible de faire de la mousse comme nous la faisons aujourd’hui. C’est sans doute pour cela que Perret parle d’écume…
Pour avoir de la bonne mousse ici faut au minimum se blaireauter directement sur le visage ce qui semble ne pas être courant avant la fin du XVIIIe siècle. Et les images sur lesquelles ont voit de la mousse onctueuse ne remontent pas au delà de cette période.
Ici en 1829, on voit l’application du blaireau sur le visage.
Difficile de dire s’il utilise un bol à raser ou s’il prélève directement dans son pot à savon pour faire la mousse sur son visage… Mais les deux pratiques existent à cette époque.
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Revenons en 1825-27…
Au regard de ces quelques éléments, il me semble qu’on peut à peu près tout faire à cette période. Mousse à la main ou au bol, plat à barbe ou non, etc.
Voilà la scène telle que je l’imagine, vos avis et commentaires sont les bienvenus :

Un jeune homme est dans sa chambre, en train de faire sa toilette. Il va se raser. Le valet de pied lui savonne grossièrement le visage à la main, place un plat à barbe sous son menton et s’empare d’un rasoir… C’est à ce moment là qu’entre un autre personnage (frère ou ami du premier) qui est horrifié par la scène. Comment peut-on, en l’absence d’un maître barbier, laisser son visage (et sa vie !) entre des mains inexpéripentées et qui risquent de vous refiler tout un tas de maladies douteuses ?!
Le valet est congédié. Le deuxième personnage apprend à son ami comment se raser seul : il monte une mousse au blaireau dans un bol et lui présente un semainier qu’il a apporté de Paris. Le public assiste donc à la version barbier et à la version « rasage seul ». Cela permet d’évoquer les histoires d’(e mauvaise) hygiène, de montrer les différentes façons de se raser (mousse à la main ou au blaireau) et d’évoquer les petites innovations de l’époque avec le semainier à lames interchangeables.

Il faudra ensuite explorer les savons et lotions après-rasage… Mais je crois que pour septembre je me contenterai d’un savon moderne sans parfum et d’une crème ou lotion toute aussi moderne transvasée dans un contenant ancien… Wink
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